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Literatūra ISSN 0258-0802 eISSN 1648-1143

2019, vol. 61(4), pp. 54–66 DOI: https://doi.org/10.15388/Litera.2019.4.4

L’Histoire et l’identité selon Leïla Sebbar

Małgorzata Kamecka
Département des Langues Modernes
Université de Białystok, Pologne
mm.kamecka@gmail.com

Annotation. Née d’un père algérien et d’une mère française, Leïla Sebbar s’adonne, dès son premier roman, à raconter l’expérience d’une identité incertaine, à la croisée des cultures. En effet, l’œuvre littéraire de cette femme écrivain illustre à quel point il est important de (re)construire son identité, souvent fracturée et fragile, afin d’affirmer son appartenance ethnique et culturelle.
Mots clés : identité, mémoire, culture mixte, Histoire, Algérie, guerre d’Indépendance.

History and Identity according to Leïla Sebbar

Summary. Leila Sebbar, since the beginning of her literary work, has been describing her identity experience connected with her mixed family origins: the writer’s father was Algerian and her mother French. This prevailing thread in her texts demonstrates the weight of the (re)construction of identity, frequently incoherent and delicate, in order to confirm her ethnic and cultural affinity.
The author of this article is interested in problems, so close to the writer, of identity and history. The point of departure of the reflection on Sebbar’s attitude towards mother tongues of her parents is the analysis of her autobiographical novel “Je ne parle pas la langue de mon père” (2003). “We are not born with one identity, an identity is always gained, built”, maintains Sebbar and through this statement she confirms the role of the cultural baggage in the broad sense of the word, in the life of an individual coming from a culturally diversified environment. The questions of the ignorance of the Arabic language also lead the writer to define not only the picture of the individual family history but also common history, the history of the inhabitants of Algeria during the French colonization. The Seine Was Red: Paris, October 1961 (1999) is a story in which its author continues to exploit, tirelessly, the issue related to the history of its two countries: Algeria and France. For Leïla Sebbar, to return to the traumatic events of the massacre of dozens of Algerians in Paris on October 17, 1961 means to enter into incessant dialogue with the painful past. It seems that the writer’s will to confront the past is one of characteristic qualities of her works. In an original, far from stereotypical, way she tries to disclose errors and fights the oblivion and repression of uncomfortable events from history. The aim of the article is to analyze the non-stereotyped strategies that Sebbar uses to build his characters and to reflect on the modes of representations of History and identity.
Key words : identity, memory, mixed culture, History, Algeria, war for Independence.

Received: 16/06/2019. Accepted: 24/09/2019
Copyright © Edyta Sacharewicz, 2019. Published by Vilnius University Press
This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution Licence, which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original author and source are credited.

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Que me reste-t-il ? Aussi, comment, où me situer ?
(Huston, Sebbar 1986 : 131)

Dans la conception de l’identité fragile et fracturée, si présente et manifeste dans l’expérience des individus du monde actuel, la construction identitaire est un processus dynamique, inachevé et toujours repris (Marc 2016 : 36). La conscience de ne pas appartenir à une seule culture caractérise l’écriture de certains écrivains et devient un trait significatif de la littérature contemporaine, marquée par des ruptures et des crises et plongée dans l’analyse du vécu, personnel et collectif des auteurs, dont la diversité de stratégies et d’attitudes reflète leur ouverture sur l’altérité et l’hybridité identitaire, thématique et stylistique (Kwaterko 2015 : 13-21). La position transculturelle des écrivains qui avouent ressentir les conséquences de l’appartenance à deux, voire quelques traditions culturelles et linguistiques, se reflète dans leur écriture et les thèmes abordés (Kwaterko 2003 : 15 ; Zdrada-Cok 2015 : 34-36).

Les textes de Leïla Sebbar illustrent, en effet, cet aspect de la pluralité des identités et démontrent à quel point cette thématique marque toute la vie de l’écrivain et son style d’expression littéraire. Comme le rappelle, à juste titre, Soheila Kian, auteure du livre sur les écritures et les transgressions d’Assia Djebar et de Leïla Sebbar : « La colonisation, la décolonisation et les nouvelles transformations culturelles connues sous le nom de postcolonialisme semble avoir créé une crise générale d’identité [...] » (Kian 2009 : 9). Parmi les auteurs abordant des problématiques postcoloniales, et qui écrivent et publient en France, Leïla Sebbar fait partie de ceux qui puisent abondamment dans leur vécu personnel, familial et donnent ainsi une touche largement autobiographique à leur œuvre romanesque. Son itinéraire de vie semble assez particulier, sa position d’écrivain délicate à déterminer, il est donc difficile de la classer dans une catégorie bien déterminée1. Elle s’attache, dès son premier roman, à raconter l’expérience d’une identité incertaine, à la croisée des cultures, marquée par l’Histoire de son pays d’origine, les douleurs et les injustices de la colonisation ; ces faits et ces circonstances, mémorables et signifiants pour l’auteure, constituent une caractéristique essentielle de ses écrits. Leïla Sebbar évoque surtout le motif de la séparation, tant géographique que linguistique et politique, comme étant à l’origine de son besoin d’écrire  (Tervonen 2003)2.

Il conviendrait aussi de souligner, en évoquant les premières années de la vie de l’écrivaine, que durant son enfance, elle n’a pas été élevée dans deux cultures et ni dans deux langues : à maintes reprises, Sebbar insiste sur ce fait. Elle a été élevée uniquement dans la langue et la culture françaises. D’ailleurs, son père, Algérien, maîtrisait beaucoup mieux le français que certains pied-noirs3. Aujourd’hui, interrogée sur son statut d’écrivain, elle a du mal à répondre : elle n’est ni écrivain algérienne, ni écrivain maghrébine de langue française, le français étant sa langue maternelle, ni écrivain « beur »4. Fréquemment, Sebbar, elle-même, se réfère à la complexité de son identité ainsi qu’au malaise qu’elle ressent face aux tentatives de définir son statut :

Chaque fois que je me trouve face à un public inconnu, hétéroclite, contrainte de donner mon identité, je patauge [...]. Je ne suis pas immigrée, ni enfant de l’immigration... je ne suis pas un écrivain maghrébin d’expression française... Je ne suis pas une Française de souche... Ma langue maternelle n’est pas l’arabe...(Huston, Sebbar 1986 :133).

L’écriture féminine maghrébine et de la diaspora maghrébine en France vise, depuis les premières années de l’indépendance, à percer et à orienter le champs de réflexion historique et philosopphique à travers la fiction et l’autobiographie, comme en font preuve les œuvres d’Assia Djebar, Malika Mokkedem, Zakia Daoud. Tel est aussi le cas de l’écriture de Leila Sebbar (Babana-Hampton 2017 : 267). L’obejctif que nous nous posons dans la présente étude est d’analyser le rapport entre l’Histoire et l’identité défini par Sebbar. En effet, il suffit de lire les titres des récits et des recueils dirigés par cette dernière pour se rendre compte de limportance accordée dans ses écrits à la problématique algérienne : Femmes d’Afrique du Nord, Une enfance outremer, Une enfance algérienne, J’étais enfant en Algérie : juin 1962, Je ne parle pas la langue de mon père. Dans ses récits, elle revient souvent à la période de son enfance algérienne. C’est dans cette période-là qu’elle cherche à analyser les aspects les plus importants pour la construction ou (re)construction de son identité5. Elle se dit elle-même, à la « croisée » de son histoire et de l’Histoire, de l’Algérie et de la France. En arabe le nom de Sebbar signifie : « le patient » et il définit, semble-t-il, l’attitude artistique de l’écrivaine :

Mais là où je fais preuve de patience, c’est dans le travail de fourmi nécessaire à la construction des histoires. Il faut questionner l’actualité, questionner les choses et les gens pour avoir des réponses. On ne les a pas tout seul. Cela revient un peu à être toujours en alerte. J’ai l’impression d’avoir dormi si longtemps et de m’être enfin réveillée il n’y a pas si longtemps, peut-être grâce à la littérature…(Bourgeois 2003)

De façon patiente, avec une énorme persévérance, elle revient à l’histoire du pays de son origine ce qui fait que dans les récits sebbariens, la mémoire individuelle est, incontestablement, privilégiée dans la reconstitution du passé. Quand Dominique Viart s’interroge sur le rôle de l’Histoire dans la littérature française contemporaine et la façon dont celle-ci perpétue la mémoire des traumatismes du XXe siècle, il rappelle que depuis les années 80 « les écrivains reviennent avec insistance sur des périodes obscures » (Viart 2011 : 16). Aussi, le passé n’est-il plus distordu, défiguré, anéanti – pour se référer aux propos de Frantz Fanon sur le rôle de l’histoire dans la construction de l’identité nationale du « peuple opprimé » (Fanon 2002 : 201) – au contraire, les évènements du passé retentissent et témoignent de la grandeur de la communauté. Sebbar, par la fiction ou les récits autobiographiques, s’inscrit, dans cette tendance de restituer le passé qui lui est proche. C’est ainsi que l’écrivaine évoque les débuts :

Avant 1982, je publiais dans des revues. Mon premier texte, Une enfance coloniale, dans la revue Sorcières, revue de femmes des années 70, se situait entre fiction et autobiographie. C’est avec lui que je suis passée du commentaire et de l’analyse universitaires à l’écriture. C’est aussi avec lui que, d’une certaine manière, j’ai retrouvé la mémoire de l’Algérie. À partir de ce texte, l’Algérie et la fiction ne m’ont plus quittée (Bourgeois 2003 ).

Selon la conception de l’identité formulée, entre autres, par Stuart Hall, on ne peut pas parler d’un fond stable de l’identité ni au niveau individuel, ni au niveau collectif. L’identité se forme et se crée de manière discursive à travers les pratiques politiques et culturelles. C’est en niant ce qui ne fait pas partie de son identité propre, que celle-ci se constitue. Ainsi, c’est en se confrontant à l’Autre, son identité, son regard, que l’on construit sa propre identité (Hall 2000 : 15-30). En définissant le processus identitaire comme dynamique et difficile à cerner, Sebbar maintient qu’« On naît avec une nationalité mais l’identité est toujours à gagner, toujours à construire ». En formulant cette constatation, elle semble confirmer le rôle incontournable du bagage culturel, au sens large du terme, dans l’existence d’un individu issu de culture mixte. En effet, il paraît que parler de sa condition de « croisée », de « métisse » constitue la base fondamentale du discours de l’écrivaine :

Chaque fois, je suis quand même obligée de préciser que je suis un écrivain français, écrivant en France et de langue maternelle française, mais avec un pays natal qui est l’Algérie, une mémoire algérienne que je me fabrique. Et je retrouve la complexité de toute façon… » (Tervonen 2003).

Aborder la thématique identitaire nécessite une réflexion sur le rôle de la langue dans la vie d’un individu et des communautés. « La langue est un système de formes qui véhiculent en même temps du sens enregistré socialement comme une sorte de plus grand dénominateur commun pour les membres d’une communauté linguistique. À ce titre, elle témoigne d’une certaine identité (nationale, régionale), celle du groupe qui la parle servant ainsi de référence unitaire pour chacun de ceux qui s’en réclament » (Charaudeau 2001 : 342). Comprendre la langue est fondamental pour comprendre le bagage culturel autant individuel que collectif. Franz Fanon, quand il affirme la puissance du langage conclut que : « Un homme qui possède le langage possède par contrecoup le monde exprimé et impliqué par ce langage ». Sans la langue, on est dépossédé de la culture, inapte à l’assumer et à « supporter le poids d’une civilisation » (Fanon 1972 : 15-16). Inséparable de l’activité humaine, la langue est nécessaire à la constitution d’une identité personnelle et collective, elle reste indéniablement un garant de la cohésion sociale d’une communauté. C’est dans la langue et par la langue, selon Patrick Charaudeau, que s’accomplit l’intégration sociale et se réalise le processus de l’acculturation linguistique : le rôle identitaire de la langue est donc capital. Il est également clair que la langue renforce notre conscience du passé, crée des liens solidaires avec celui-ci, « fait que notre identité est pétrie d’histoire ». Pourtant, le rapport de la langue à l’identité est complexe, car il ne s’agit pas seulement de la langue mais aussi de son usage (Charaudeau 2001 : 342). Patrick Charaudeau est d’avis que l’acte même de parler équivaut à la construction de son identité et celle de l’autre :

Si on retient que parler, c’est participer à une mise en scène ouverte du langage, jamais totalement close, jamais terminée; que parler est une lutte permanente pour conquérir le droit à sa propre existence; que parler, c’est, qu’on le veuille ou non, vouloir influencer l’autre, alors, on comprend que parler soit à la fois témoigner de son identité et construire l’identité de l’autre, de même qu’écouter l’autre, c’est tenter de découvrir derrière son discours le paysage de sa culture (Charaudeau 2001 : 348).

Le retour à la mémoire algérienne, « la mémoire vitale », précise Sebbar, signifie assurément le retour au personnage de son père et à tout ce qui s’associe è sa culture, mais surtout à son passé. Il s’agirait alors d’une mémoire fondatrice de l’identité. L’écrivaine prétend qu’en s’intéressant aux liens existant entre le Maghreb et la France, c’est à elle-même qu’elle s’intéresse, c’est elle-même qu’elle cherche à comprendre.

En effet, la tentative de reconstruire la mémoire illustre à quel point il est important de (re)construire son identité, souvent fracturée et fragile, afin d’affirmer son appartenance ethnique et culturelle. Parmi les multiples voies contemporaines d’affirmation de l’identité, la langue tient incontestablement une place primordiale. La langue est donc importante pour donner du sens à l’appartenance, parce qu’elle constitue une manière de communiquer avec les parents, mais également parce que la langue est porteuse de culture et de traditions. C’est le moyen grâce auquel elle aurait pu accéder à une connaissance plus profonde et précise de l’histoire de sa famille, qui lui aurait permis par la suite, d’affirmer à part entière son identité, de « conquérir ainsi le droit à sa propre existence ». Pouvoir s’exprimer en arabe et être compris de ses enfants aurait permis à son père de raconter des détails de sa vie dont il n’a jamais parlé. « Peut-être, la langue étrangère l’a-t-elle séparé des mots qu’il aurait choisis pour nous, les enfants », constate-t-elle dans son récit (Sebbar 2003: 20). À la question du refus de son père de lui parler arabe, elle répond :

Je ne lui ai jamais demandé comme ça, brutalement. Je pense qu’il aurait pu le prendre comme un reproche. D’une certaine manière, c’est parce que je n’ai pas su sa langue que j’ai écrit. Et je ne peux pas lui reprocher d’être devenue écrivain ! Il y a des raisons objectives assez simples à imaginer et à analyser. Mais ce qui m’intéresse, c’est la raison profonde. Je crois que mon père n’a jamais cherché à imposer quelque chose qui aurait pu faire du désordre dans la maison d’école de ma mère. D’une certaine manière, j’analyse ce choix comme un respect à l’égard de sa femme. Ma mère n’avait pas les moyens, non pas intellectuels mais physiques, temporels d’apprendre la langue arabe. L’école coloniale de l’époque, c’était parler le français et enseigner le français. Il n’y avait pas d’autre langue possible dans cet espace scolaire. Ma mère n’avait pas besoin d’apprendre l’arabe et je crois que pour elle, tout s’est bien passé dans une langue française qui n’était pas la langue de la haine. Ma mère avait adopté l’Algérie. A un moment de sa vie, elle y avait vécu plus longtemps qu’en France et elle y serait restée (Tervonen 2003).

La violence apparaît comme un autre élément important dans le processus de formation identitaire dessiné dans le roman de Sebbar. Lié à l’identité fracturée, le thème de la guerre d’Algérie ou des « événements d’Algérie », un sujet tabou pendant des années en France, reste au cœur du roman « Je ne parle pas la langue de mon père ». Les paroles du père de Leïla au moment où celle-ci lui pose des questions sur le passé montrent son refus d’aborder ce sujet : « Pourquoi tu remues tout ça ? À quoi ça sert ? Oublie, va, oublie [...] Si tu ne sais pas, alors ne cherche pas, c’est pas la peine » (Sebbar 2003 : 28). Viser inlassablement à la découverte du passé devient primordial pour la narratrice qui trouve la connaissance de l’histoire fondamentale et indispensable : c’est en analysant les événements du passé de son père qu’elle pourra parvenir à retrouver ses racines et à créer son identité, à s’autodéfinir. Il s’agit toutefois d’un long processus, d’un effort ardu étant donné que les violences, « les attentats, les massacres, les disparitions » (Sebbar 2003 : 47), restent obscures et plongées dans le silence :

Il dira simplement : “C’est une catastrophe...une catastrophe...” Lorsque j’ai cherché à savoir comment se dit catastrophe en arabe, j’ai dû le demander à un ami algérien qui l’a écrit, épelé, prononcé pour moi, comme l’aurait fait mon père (Sebbar 2003 : 47).

Encore une fois, Leïla a l’impression que c’est la langue, ou plutôt le manque de cette langue, qui l’empêche de comprendre l’histoire algérienne et rend le passé colonial obscur. Entendre le mot « catastrophe » paraît insuffisant et n’exprime pas la signification des événements. La langue des colonisateurs ne peut pas expliquer les expériences des colonisés et la violence qu’ils avaient subie :

Mon père a souvent dit que dans ses écoles, il avait formé autant d’agents de la colonie que de futurs maquisards et de futurs cadres de l’Algérie indépendante. C’est vrai. Je crois qu’il était conscient de ses contradictions et que peut-être ses silences étaient liés à cette lucidité, qu’il ne réussissait pas à verbaliser pour nous, les enfants (Dana 2003 : 181).

À l’instar des autres écrivains ayant vécu la colonisation, Sebbar s’efforce de critiquer les discours dominants et remet en cause les histoires hégémoniques. Quant à la structure de « Je ne parle pas la langue de mon père »,  on s’aperçoit que le récit commence par une page remplie de dates. Celles-ci marquent toutes quelques événements d’une grande importance dans la vie de son père. Cette liste des dates, loin d’être exhsautive, semble regrouper les seuls épisodes dont la narratrice est sûre et qu’elles a connus. Vu la réticence et la discrétion du père à parler de sa vie, Sebbar doit s’imaginer le reste et inventer le passé. Ce résumé biographique, très bref et formel « [permet] de ne pas se perdre dans les méandres de la mémoire » (Sebbar 2003 : 9). Mais de quelle mémoire s’agit-il ? Plutôt de celle qui résulte de sa création littéraire, d’autant plus que la romancière avoue que c’est le manque de la langue et du pays de son père qui l’a poussée à écrire (Sebbar 1986 : 28). La volonté de créer, d’écrire trouve son origine dans la méconnaissance de la culture de son père et dans l’impossibilité de communiquer avec sa famille paternelle. Dans le récit, Sebbar crée alors des histoires, à l’instar de celles que son père aurait pu vivre, des histoires censées remplir l’histoire lacunaire de son père et de sa famille. Dans ce but, elle met, par exemple, en scène les deux beaux-fils de Fatima, la bonne de la famille Sebbar. La narratrice s’imagine, de façon très réaliste, que son père a failli être tué par un des fils, devenu islamiste radical. En développant cette histoire, elle place son père, agent du système colonisateur, et l’assassin manqué dans la même prison et crée les circonstances qui les confrontent :

Cet épisode de mon père en prison, c’était dire et rappeler que mon père, maître d’école en langue française dans la guerre, pouvait être un agent de la colonie et pouvait être la cible des militants du FLN. Je n’ai pas su s’il avait été menacé de ce côté-là, je ne l’ai jamais su ; peut-être qu’il ne l’a jamais été, mais il aurait pu l’être (Dana 2003 : 182).

Il s’avère, d’ailleurs, dans la suite du roman, que son père n’abandonne pas sa vocation d’instituteur et se met à apprendre à lire et à écrire au jeune homme même si celui-ci incarne les valeurs contre lesquelles il s’est opposé durant sa vie. C’est à travers la fiction littéraire, l’invention des souvenirs et des histoires vraisemblables qu’elle réusssit à se créer des points de repère sur la base desquels son identité peut se construire. En effet, par ce processus de reconstruction de certaines situations du passé, toutes fictives qu’elles soient, elle semble parvenir à mieux comprendre les décisions de son père et justifier, en quelque sorte, ses choix de vie. À la figure du père s’associe le patrimoine culturel qu’il représente, aussi peut-on en déduire que la romacière finit par se sentir solidaire avec la culture dont il est issu. Dans ses romans, Sebbar s’appuie d’ordinaire sur sa « réalité pour réécrire l’histoire », dit Soheila Kian (Kian 2009 : 13). Par conséquent, la réalité et l’identité propres de l’auteure se lient à l’histoire et à l’identité collectives.

Le passé algérien est le deuxième pilier fondant le sentiment d’appartenance de la romancière. En écrivant l’histoire de sa vie à l’ombre de l’histoire nationale, Sebbar lie dans son roman l’histoire personnelle à l’histoire nationale. Les souvenirs d’enfance, quoique lacunaires, l’amènent à mettre en question les frontières séparant l’Algérie et la France, francophones et arabophones, colonisateur et colonisés. Elle nourrit ses œuvres de souvenirs réels ou imaginaires situés dans un espace colonial bien précis. Parler au nom des humiliés et parler des injustices place Leïla Sebbar dans le groupe des auteurs qui mêlent une réflexion sur les rapports entre l’identité personnelle et l’identité collective. « Je parle de mon histoire familiale qui s’élargit à toutes les histoires d’exil », affirme-t-elle (Tervonen 2003). En effet, à travers les personnages de fiction qu’elle met en scène et auxquels elle confronte ses lecteurs, elle s ‘interroge sur elle-même et, en quelque sorte, elle s’explique aussi. Se poser des questions sur les raisons de sa méconnaissance de l’arabe amène également l’auteure de Je ne parle pas la langue de mon père à définir non seulement l’image de l’histoire individuelle et familiale mais aussi de l’histoire collective, celle des habitants de l’Algérie colonisée. Plusieurs voix articulées dans le récit de Sebbar transmettent le message sur le rôle déterminant de l’Histoire, du passé, au sens large du terme, dans la construction de l’identité des acteurs des événements.

Dans Je ne parle pas la langue de mon père, le retour à la mémoire algérienne, signifie avant tout le retour à l’histoire de sa famille et à tout ce qui s’associe è sa culture. Notons que l’écrivaine insiste à plusieurs reprise que son intérêt pour les liens existant entre le Maghreb et la France l’a amenée à se poser des questions fondatrices sur sa propre identité. En effet, la tentative de reconstruire la mémoire illustre à quel point il est important de (re)construire son identité afin d’affirmer son appartenance ethnique et culturelle. Adulte, Sebbar ressent toujours l’impression d’être exclue de l’histoire et de la culture de son père, de tout ce qui devrait être son patrimoine. Dans Je ne parle pas la langue de mon père la narratrice, alter ego de l’écrivaine, rêve d’avoir cet accès à la mémoire culturelle de son père, se sent obligée de créer elle- même des histoires. Nous pénétrons alors ce monde, partiellement imaginaire, perçu par le prisme d’une petite fille, où apparaissent les personnages réels mis dans des situations fictives, les situations qu’inventent la Sebbar adulte. Ces procédés, lui permettant de se situer par rapport au passé, contribuent largement à trouver la/les réponse/s aux questions qui la tourmentent depuis des années.

Dans son roman La Seine était rouge, publié en 1999, l’écrivaine met en premier plan les événements du mardi 17 octobre 1961. En pleine guerre d’Algérie, le couvre-feu décrété par le préfet de police Maurice Papon provoque une mobilisation pacifique de 30.000 Algériens dans les rues de Paris. Cette manifestation, organisée à l’appel du FLN et violemment réprimée par les fordes de l’ordre, déclenche une suite d’événements, aux conséquences lourdes et tragiques : selon les sources, entre des dizaines et des centaines de morts (Schneider 2004 : 64). Les participants à la manifestation ont été emprisonnés dans des centres de détention spécialement mis en place Ppalais des Sports, stade Coubertin, Parc des expositions, etc.) où ils ont subi des mauvais traitements. Le communiqué de presse publié le lendemain par Maurice Papon diminue la violence des répressions, officiellement, on ne parle que de trois morts. En plus, on accuse les manifestants de violence envers les forces de l’ordre. Même si quelques journaux dénoncent la stratégie du gouvernement et essaient de contester le discours politique, pendant des années, le communiqué de M. Papon représentera la version considérée comme officielle. Le massacre du 17 octobre restera, pour longtemps, étouffé, ignoré et effacé de la mémoire collective.

Quant à la situation des Algériens et des Français, Sebbar utilise plusieurs voix dans le roman afin d’expliquer l’Histoire et comprendre la guerre. Dans le roman La Seine était rouge , il n’est pas seulement question de permettre à la culture algérienne et la culture française de se « croiser », mais aussi et c’est l’une des caractéristiques les plus marquantes de l’écriture de Sebbar, d’offrir de l’espace aux différentes attitudes, quelquefois déconcertantes et polyphoniques. L’écrivaine qui laisse la parole à plusieurs acteurs de l’Histoire se donne au même titre le droit de présenter sa perspective et sa vision littéraire des événements.

Dans La Seine était rouge, Sebbar continue sa propre enquête, pour faire réaparaitre les événements refoulés. au-delà de l’importance de l’événement historique, celui du 17 octobre 1961. « Car ce silence a une date, ce silence a un lieu, qui se confond avec la honte et le mépris » (Meslet 2006).  Les événements passés sous silence de l’Histoire reviennent dans le récit de Sebbar pour qui « parler des silences » devient un motif dominant de son écriture. Pourtant, son intérêt s’oriente plutôt vers une évolution des personnages principaux accédant au passé qu’à la commémoration des événements, tout tragiques et significatifs qu’ils soient :

Pour La Seine était rouge, [...] je voulais écrire ce qui me convenait, sans contrainte – et il y avait longtemps que je voulais écrire un texte sur cette journée d’octobre 1961. J’ai d’abord écrit ce texte pour moi, parce que j’avais besoin de comprendre quelque chose que je ne saisissais pas bien. Puis ce travail est aussi devenu un travail de mémoire pour les Algériens qui ont vécu cette journée et pour tous ceux qui sont venus après. Je voulais faire le lien entre ce qui a eu lieu et aujourd’hui, pour moi c’était très important de ne pas rester dans le commémoratif. Je voulais marquer une dynamique mémorielle. C’est la raison d’être des personnages de l’adolescente issue de l’immigration et celui du jeune Algérien réfugié politique (Bourgeois 2003).

En effet, le récit se construit autour de trois personnages, symboliques de trois groupes principaux pour lesqueles, selon Anne Donadey, s’impose la nécessité d’une anamnèse non seulement vis-à-vis de la guerre d’Algérie en général mais aussi du massacre du 17 octobre : immigrés, Français et Algériens (Donadey 2003 : 192). Aussi, le choix de l’écrivaine tombe-t-il sur les héros représentant trois mielieux différents. Amel est une jeune adolescente d’origine algérienne, âgée de 16 ans, née en France, vivant à Nanterre, dont la famille était étroitement impliquée dans les événements du 17 octobre 1961. Malgré les efforts et sa bonne volonté, elle n’a jamais réussi à apprendre l’arabe, la « langue des ancêtres » comme dit Lalla, sa grand-mère. À l’instar de la narratrice de Je ne parle pas la langue de mon père, elle ne comprend pas ce que disent sa mère Noria et sa grand-mère. Mais elle sent que le sujet de leurs conversations sont graves et se sent exclue, en quelque sorte, de leur vécu. Amel n’est pas en mesure de recueillir la confidence de sa mère et encore moins celle de sa grand-mère : à nouveau, une sorte d’abîme culturel empêche une transmission directe. De plus, la confidence ne doit pas se limiter au cadre familial : pour prendre valeur d’un vrai témoignage elle devrait dépasser l’intimité et se manifester en dehors du foyer familial. C’est par ce procédé que Sebbar exprime son désir d’écrire, à partir d’une histoire privée, une histoire nationale et collective (Meslet 2006 ; Schneider 2004 : 64-73). 

Le deuxième personnage, Omer, l’ami d’Amel, âgée de 27 ans, est un journaliste algérien exilé en France pour échapper aux violences qui déchirent à l’époque l’Algérie. Il aide Amel à retracer les événements survenus le 17 octobre 1961. Le troisième personnage, jeune cinéaste de 25 ans, s’appelle Louis et réalise un film documentaire composé de témoignages concernant le massacre. La rencontre de ces trois personnages n’est possible que grâce à leurs mères qui se connaissent depuis la guerre pendant laquelle elles ont milité du côté algérien (Donadey 2003 : 192). Ce sont les échanges et les interactions entre ce trio d’amis qui constituent la trame du récit.

Quoique la mère d’Amel refuse de parler du massacre à sa fille (elle rejoint ainsi l’attitdude du père de Sebbar qui, lui aussi, manifeste une certaine réticence devant ses proches), elle accepte de témoigner devant la caméra de Louis (Donadey 2003 :193). Par ailleurs, chaque personnage apporte sa contribution spécifique au processus d’anamnèse. Nous suivons donc parallèlement, le déroulement du documentaire et le parcours d’Amel à travers Paris dans les lieux qui ont marqué la journée du 17octobre 1961. Chaque étape de la marche d’Amel et d’Omar est commentée par le témoignage de la mère. Il semble que l’héroïne soit littéralement accompagnée par la parole de sa mère, dont elle s’est imprégnée pendant le visionnage du documentaire. « La Seine se présente, écrit Anne Donadey, comme un lieu de mémoire, dont la table des matières rassemble les divers groupes touchés par la nécessité d’une réconciliation nationale » (Donadey 2003 : 194). Il serait aussi intéressant de noter que l’espace de la capitale, si bien connu pour ses endroits qui font partie du patrimoine culturel commun, prend un aspect inhabituel, lorsqu’on y situe les événements se rapportant au massacre.

Accorder la parole aux femmes, leur faire confiance et exploiter leurs souvenir amène Leila Sebbar à s’opposer au tabou et, par conséquent, à se révolter contre l’oubli et le silence. Dans ce sens, pour rappeler la réflexion d’Ania Loomba qui prétend que les narrations des femmes contribuent à la révision de nos idées sur le colonialisme, dans le cas de Leila Sebbar, il s’agit d’une toute autre façon d’écrire l’histoire, loin de la vision stéréotypée, celle qui se réfère à la mémoire et à la subjectivité féminines (Loomba 2011 : 257). Comment écrire l’histoire de ceux qui ont disparu et qui ne peuvent plus témoigner ? Comment faire parler ceux qui sont doublement vaincus – ils n’ont pas gagné la guerre et n’ont pas écrit l’histoire ? Leila Sebbar a souvent insisté sur le fait que c’est la présence de ces murmures de femmes anonymes qui lui donne le courage de s’exprimer et d’écrire à son tour. C’est de la mémoire des femmes et de leurs souvenirs que l’histoire du pays se restitue et s’estompent les versions officielles. L’oubli cède place à la parole. En effet, le discours de femmes – privé, singulier, personnel, dénonçant les tabous – tourmentent les lecteurs et les confrontent à l’histoire coloniale et postcoloniale de la France. Sebbar réussit à établir une relation très étroite entre son vécu, sa mémoire personnelle et les événements qui se sont réellement déroulés en 1961.

Ce que rapportent les témoignages, c’est avant tout l’existence du racisme, du vécu quotidien de ce racisme, qui conduit à la haine et au massacre « La Seine les a rejetés. Même la Seine, elle en voulait pas des Algériens » (Sebbar 1999 :48). Le roman illustre en partie, le silence des acteurs de l’événement, mais aussi celui des témoins et des bourreaux. Par le choix d’une technique empruntée au documentaire, Sebbar découd et recoud le fil fragile de l’événement à travers les regards croisés de ses personnages. Leur rendre voix et mémoire revient à mettre à jour le refoulement initial, et à envisager le documentaire du jeune Louis sous un angle cathartique. En effet, son personnage se heurte ainsi à l’incompréhension de sa mère : « Quelle vérité ? Tu sais la vérité….C’est difficile… […] Tu as vraiment besoin de faire ce film ? C’est pas ton histoire… » (Sebbar 1999 : 18), mais les personnages témoignent également de leur oubli volontaire, à l’image de Mourad devant Amel et Omer qui dit : « J’ai oublié, au cours des années. Il faut travailler, on travaille, on oublie » (Sebbar 1999 : 79). Nous retrouvons dans cette attitude de réticence, la même volonté de ne pas plonger dans le passé, observé chez le père du roman Je ne parle pas la langue de mon père où le thème de la guerre d’Algérie ou des « événements d’Algérie », un sujet tabou pendant des années en France, reste au cœur du roman. Les paroles du père de Leïla au moment où celle-ci lui pose des questions sur le passé montrent son refus d’aborder ce sujet : « Pourquoi tu remues tout ça ? À quoi ça sert ? Oublie, va, oublie [...] Si tu ne sais pas, alors ne cherche pas, c’est pas la peine » (Sebbar 2003 : 28). Viser inlassablement à la découverte du passé devient primordial pour la narratrice qui trouve la connaissance de l’histoire fondamentale et indispensable : c’est en analysant les événements du passé de son père qu’elle pourra parvenir à retrouver ses racines et à créer son identité, à s’autodéfinir. Il s’agit toutefois d’un long processus, d’un effort ardu étant donné que les violences, « les attentats, les massacres, les disparitions » (Sebbar 2003 : 47), restent obscures et plongées dans le silence.

Dans La Seine était rouge, partant de cet immense chaos du silence, le personnage d’Amel se lance, tout comme Sebbar, dans sa propre recherche sur les traces de l’événement caché que personne ne semble en mesure de lui révéler, et se voit contrainte de construire sa propre mémoire : « Des secrets, ma fille, des secrets, ce que tu ne dois pas savoir, ce qui doit être caché, ce que tu apprendras un jour, quand il faudra » (Sebbar 1999 : 9). Au sein de ce roman familial, « celle qui sait » est aussi celle qui ne doit pas savoir, le discours de la grand-mère évoque ainsi l’impossible transmission : « Jamais de la vie, ma fille, jamais je ne te punirai pas parce que tu n’as pas réussi à parler la langue des Ancêtres, tu as essayé, j’ai essayé avec toi, tu n’as pas dit non, mais tu n’as pas parlé l’arabe…. Tu es une fille savante, ma fille, je ne vais pas te punir parce que tu es savante » (Sebbar 1999 : 9). Le roman ne se contente pas d’évoquer le silence du témoignage, il se concentre également sur la complexité de l’événement et le rôle de tous les acteurs (Meslet 2006).

Pouvoir accéder aux histoires individuelles des participatants aux événements s’inscrit dans la démarche qui nous trouvons particulièrement précieuse, celle de Pierre Nora, qui attribue un grand rôle à la mémoire et aux témoins. Ceux-ci, à l’instar des historiens, peuvent, gérer le passé et avoir droit à articuler leur message. Ces mémoires individuelles, que l’historien perçoit comme « souvenirs d’une expérience vécue » relèvent, en quelque sorte, du magique et, par leur caractère affectif, émotionnel et personnel, contribuent à renforcer la solidarité identitaire. Si on admet cette perpective-là, la mémoire singularise et particularise. Nous considérons la démarche de l’historien comme extrêmement importante, surtout du point de vue des sociétés d’aujourdh’hui, très souvent en quête de leur identité (Skarga 1995 : 4-18).

Soheila Kian, quand elle définit l’écriture et l’attitude de Sebbar par rapport à l’Histoire, souligne un rapport exceptionnel qu’entretient l’écrivaine avec le passé : « Pour Sebbar, il n’est ni question de guerre pour résister à l’assimilation, ni question d’oublier le passé. Si elle parle de l’histoire de son pays d’origine, ce n’est pas pour en faire un fétiche culturel ou pour opprimer la culture hégémonique » (Kian 2009 : 142). Elle désire, semble-t-il, faire sortir de l’ombre les événements historiques, tout en se mettant, en quelque sorte, à distance par rapport au passé. Pourtant, ce détachement ne l’empêche pas d’analyser et d’observer le passé de près. C’est la raison pour laquelle l’œuvre de l’écrivaine et surtout les procédés qu’elle utilise semblent être particulièrement proches des processus qui s’effectuent dans la culture dont nous sommes témoins à présent. Il s’agit notamment de la prise de conscience des individus, définie par Safoi Babana-Hampton de façon suivante : « En cette époque de globalisation culturelle et économique amplifiant notre prise de conscience de l’interdépendance des cultures, la question qui se pose est de savoir comment comprendre le présent, imaginer l’avenir, penser le passé et écrire son histoire en relation et non en opposition avec les autres histoires et patrimoines culturels (Babana-Hampton 2014 : 267). La façon de Leïla Sebbar de percevoir l’Histoire répond aux besoins des individus d’écrire leur histoire. Le fait de se souvenir et de pouvoir articuler ses souvenirs dans un espace public possède une indéniable valeur thérapeutique et émotionnelle et contribue à la réconciliation avec le passé qu’on doit assumer.

Bibliographie

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Istorija ir tapatybė pagal Leïlą Sebbar

Małgorzata Kamecka

Santrauka

Straipsnyje analizuojama Leïlos Sebbar kūrybai būdinga tapatybės problema. Remiantis autobiografiniu pasakojimu Je ne parle pas la langue de mon père [Aš nekalbu savo tėvo kalba] (2003) išryškinamas autorės santykis su savo tėvų kalba, pabrėžiama kultūrinio paveldo reikšmė mišrioje šeimoje gimusiam individui. Mąstymas apie neišmoktą arabų kalbą ir to priežastis leidžia apibrėžti ne tik atskiros šeimos, bet ir kolektyvinę kolonizuoto Alžyro istoriją. Istorijos ir tapatybės sąsajos atsiduria pasakojimo La Seine était rouge [Senos upė buvo raudona] (1999) centre. Trauminės alžyriečių patirties Paryžiuje prisiminimas sudaro prielaidų užmegzti dialogą su skausminga praeitimi.

1 Née en 1941 d’un père algérien et d’une mère française, elle a vécu une partie de sa vie en Algérie, dans un pays déchiré et troublé par le conflit colonial, avant de s’installer en 1961 en France.

2 Il s’agit de l’entretien de Taina Tervonen avec Leïla Sebbar, accordé en février et publié le 14 mars 2003 à l’occasion de la sortie du récit « Je ne parle pas la langue de mon père ».

3 Il faut se souvenir que les origines de cette population «pied-noir» sont diverses. Tout d’abord, il y avait des Français qui se sont installés en Algérie après la conquête ; parmi eux, il y avait de nombreux Alsaciens-Lorrains qui ont fui leur région d’origine après la guerre de 1870 et l’annexion de celle-ci par l’Allemagne ; ceci explique que certains villages algériens aient eu des noms alsaciens. Il y avait des Corses, chassés de leur île par la misère, des habitants du sud de la France. Il y eut aussi d’autres peuples attirés par ce nouveau territoire à mettre en valeur : des Espagnols, des Italiens, des Maltais. Ces populations étrangères très diverses ont sans doute conservé assez longtemps la pratique de leur langue d’origine, ce qui peut expliquer que le père de L .Sebbar, éduqué à l’école française, qui a dû suivre des études secondaires pour devenir instituteur ait mieux maîtrisé la langue française que certains pied-noirs.

4 On appelle « beur » un jeune d’origine maghrébine né en France de parents immigrés ; Leila Sebbar ne peut donc être considérée comme beure puisqu’elle est française par sa mère et par son père, qui en tant qu’instituteur et fonctionnaire français devait avoir reçu la nationalité française.

5 « C’est en effet à l’âge scolaire [...] qu’apparaît chez l’enfant une aptitude nouvelle :[...]. Il apprend alors à se reconnaître des identités multiples, liées aux relations et aux situations (enfant, élève, camarade, etc) ».(Marc 2016 : 33).